ATTENTION, cet article est pour moi très, très important ! Je m’explique. Une fois la technique acquise, ce qui va vous faire le plus progresser en photo c’est de vous poser les bonnes questions avant de presser sur le bouton. Pour plagier Rabelais, je dirais que « déclencher sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Pour ceux qui veulent passer un cap, lisez bien ce qui suit 🙂
Première question : Quel est mon sujet ?
C’est une question qui peut paraître stupide mais je ne compte plus les photos que je vois sur le net où le sujet de la photo est peu/pas identifiable, et pas bien mis en valeur. Il faut absolument vous poser deux secondes avant de déclencher et vous demander quel est votre sujet. Ainsi, vous allez l’inclure dans la composition de façon harmonieuse, vous vous appliquerez sur la mise au point et enfin vous le ferez bien ressortir grâce à une bonne exposition…
Sur cette photo, bien que le sujet soit ultra-minoritaire dans le cadre, on l’identifie sans peine, grâce notamment aux oliviers de par et d’autre qui agissent comme une sorte d’entonnoir pour le regard du spectateur. En effet, la symétrie de la composition et les arbres poussent l’œil à regarder au centre de l’image.
Une fois que vous avez bien identifié votre sujet vient la question du message…
Quel est mon but ?
C’est LA question indispensable qu’il faut se poser. Trop souvent on appuie sur le déclencheur sans réfléchir. Conséquence, on a une photo qui est correcte techniquement (bien exposée et nette là où il faut), mais qui ne délivre pas de message. Si vous ne voyez pas ce que je veux dire, pas de panique, j’explique ça en image :
Pour moi, le mariage est un évènement joyeux. Au niveau symbolique, la joie est du côté de la LUMIERE. A l’inverse, le drame, la tension, la tristesse est représenté par l’ombre, le noir. Donc au niveau photographique, je fais tout pour que les spectateurs ressentent la joie de l’instant que j’immortalise. Par exemple, sur la photo ci-dessus, le couple exprime un moment de joie (cf. le sourire de la mariée). Mais je renforce cette impression, en apportant beaucoup de lumière dans l’image, en utilisant les couleurs douces de l’environnement et enfin en accentuant la chaleur du soleil couchant.
Ce qui ne veut pas dire que j’utilise toujours les mêmes principes tout le temps :
Par exemple, dans l’image ci-dessus j’ai volontairement sous-exposer l’image pour donner plus de force à ce baiser.
Enfin dernier exemple :
Cette dernière photo date de 2007. A l’époque, j’étais parti à Belfast pour essayer de raconter l’histoire de cette ville tiraillée entre catholique et protestant. A travers cette image, je voulais symboliser la rénovation de cette cité (les grues de chantier), qui passait par la démolition des vestiges du conflit qui a opposé les deux communautés (le mur peint, à moitié détruit).
Un photographe accompli part d’une INTENTION PHOTOGRAPHIQUE. Et seulement ENSUITE, il pensera à la technique. Votre matériel photo n’est qu’un outil pour exprimer votre vision… ce qui m’amène à la question 3
Quel matériel et quel réglage va servir mon intention photographique ?
Une fois que j’ai déterminé ce que je veux exprimer, je vais choisir mon matériel et mes réglages en fonction du message que je veux délivrer. Si je reprends l’exemple de l’image du couple dans l’allée, je sais que je veux renforcer le sentiment de joie. Donc, pour rendre ma photo lumineuse, je surexpose sciemment mon image. Cela a deux effets : la photo est plus claire, et deuxièmement, les couleurs palissent et sont donc plus douces. Je règle aussi ma balance des blancs de façon à réchauffer les tons de peau.
Question objectif, j’utilise des focales fixes, ce qui me permet d’avoir de beau flou d’arrière plan, ce qui vient encore renforcer le côté doux de mes images.
Bref, j’adapte mon matos et mes réglages en fonction du sentiment que je veux faire ressentir, en fonction de mon intention photographique… et je n’achète pas nécessairement le dernier zoom à la mode sous prétexte qu’il est performant. Je me demande d’abord si son rendu correspond à mon style.
Est-ce qu’un élément du background ne vient pas perturber mon image ?
Votre première préoccupation est de mettre en valeur votre sujet. Cela veut pas dire que vous devez faire attention à ce qui se passe à l’arrière plan. Dans la mesure du possible, vous devez éliminer tous les éléments perturbateurs sous peine d’affaiblir votre photo. Si un objet dans le background attire de façon intempestive le regard du spectateur, votre sujet va perdre de sa force. En effet, en regardant votre photo l’oeil fera des va et vient incessant entre le sujet et l’objet perturbateur. Voici un exemple :
Ici, mon sujet est bien entendu la mariée. Le but ici est faire une photo en pied pour voir la robe dans son ensemble. Malheureusement, je n’ai pas fait suffisamment attention au background qui comporte plusieurs points perturbateurs. Dans l’ordre : l’applique qui est beaucoup trop présente, la fenêtre à barreaux, le fauteuil de couleur rouge, la prise électrique à côté du siège. Chacun de ses éléments fait perdre de la force à mon image, car l’oeil oscille constamment entre tous ces détails inutiles et la mariée.
Près de quatre ans séparent les deux images ci-dessus. Ce que j’ai appris pendant ce laps de temps, c’est qu’il débarrasser l’arrière plan de tout élément qui attire le regard inutilement. Ainsi, sur cette dernière photo, rien ne vient perturber l’oeil du spectateur. On reste bien focalisé sur la mariée et sa robe.
Trop de photographe déclenchent sans faire attention à l’arrière plan car ils se disent qu’ils pourront fixer ce problème plus tard sur Photoshop. A chaque fois que vous vous faites cette réflexion, giflez-vous le visage suffisamment fort pour vous souvenir que ce n’est pas l’attitude d’un vrai photographe. La bonne réaction est de trouver une solution pour éliminer ces éléments A LA PRISE DE VUE. Déplacez-vous (parfois quelques centimètres suffisent) ou déplacez les objets qui vous gênent. Photoshop ne doit intervenir qu’en dernier recours, si VRAIMENT vous n’avez pas pu faire autrement.
Ne soyez pas fainéant, soyez un photographe.
Tout naturellement, la question complémentaire à se poser est…
Est-ce que chaque élément entrant dans le cadre sert à mon image ?
Vous l’avez compris, c’est pour ça que je ne vais pas m’étendre sur le sujet : tout ce qui n’a rien à faire dans la photo… ne doit pas y figurer. Inspirez-vous des grands réalisateurs de cinéma qui pensent le moindre détail de chaque plan. Il est évident que dans bon nombre de situations, un photographe n’a pas le même temps de réflexion. Mais cela n’est pas une excuse pour ne pas faire attention à ce qu’on met dans le cadre.
Est-ce que ma composition sert mon message ?
Mon but ultime : créer une composition qui renforce le message que je veux faire passer.
Voici deux exemples :
Dans cette image, j’ai volontairement composé mon image avec le (futur) marié au premier plan. Pourquoi ? Je voulais connecter le couple, d’un point de vue visuel. Cette composition par dessus l’épaule permet d’établir un rapport dynamique entre les futurs époux.
Toujours à Belfast, toujours en 2007. J’ai composé cette image en mettant une clôture surmontée de piques au premier plan. Elle barre l’accès à cette pancarte d’achat de logement. Pourquoi cette composition ? Je voulais renforcer l’idée que ce programme immobilier était réservé à une seule communauté (« Community Release »). J’ai visuellement montré le mur qui sépare les catholiques et les protestants. Si j’avais isolé cette affiche sur le ciel gris, sans barrière au milieu, j’aurais perdu une occasion de renforcer mon message.
Est-ce que mon échelle de plan sert mon message ?
A travers cette notion , je fais directement référence au langage cinématographique. En effet, il existe des échelles de plan. Faisons d’abord une liste (non-exhaustive). Il y a le très gros plan, le gros plan, le plan rapproché, le plan moyen, le plan demi-ensemble, le plan d’ensemble, le plan général, etc.
Chacune de ces échelles expriment des choses différentes. Voyons deux exemples pour illustrer le concept :
Ici, j’ai choisi d’utiliser le gros plan. Cela permet d’établir un lien intime entre le spectateur et le couple. On est au coeur de ce moment de complicité. Le regard de la mariée s’en trouve renforcé
Même moment, à quelques secondes d’intervalle. Sur ce plan d’ensemble , j’ai basculé sur un grand angle pour laisser de la place au décor. Je voulais faire ressentir qu’ils étaient seuls au monde.
Voici comment vous pouvez utiliser les différentes échelles de plan pour exprimer telle ou telle chose. Comme vous l’aurez compris, c’est en grande partie le choix de la focale qui permet de basculer d’une échelle à une autre.
Conclusion
L’essentiel de cet article est tourné vers cette question essentielle qui est : QU’EST CE QUE JE VEUX DIRE à travers mes images. Ne passez pas à côté de cette réflexion qui vous amènera à un tout autre niveau. Donnez du sens à votre travail. Pour ceux qui veulent aller plus, je propose mon workshop mariage de 3 jours en cliquant ici.
J’espère que cet article vous fera réfléchir sur votre pratique photographique et vous fera poser les bonnes questions… pour toujours aller plus loin. N’hésitez à cliquer sur « J’aime », à partager et à commenter ! 🙂